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*

*(H3)r-eH1-

*(H3)r-eH1- : compter

radicaux latins : re- / rat-

  1. ratio reor irritus
  2. raison


*(s)ker-

*(s)ker-, « couper (des parts de viande) »

Il existe d'autres racines homographes *(S)KER-, dont une qui exprime la courbure, la circularité. Il existe aussi une racine *SKER-, « gratter, inciser », parfois transcrite *SCRĪBH- (> scribe, écrire, etc.), qui peut être considérée comme une extension de notre racine.

Les branches

  1. Les trois grands ancêtres latins de cette famille sont les noms corium, « peau », cortex, « écorce », et caro, gén. carnis, « chair, viande ». En sont issus quelques mots en -cori-, quelques autres en -cort-, et une série un peu plus importante en -carn- :
    coriace, excorier, excoriation
    cortex, cortical, cortisone, corticoïde, décortiquer, …
    carne, carné, carnation, carnier, carnaval, carnage, carnassier, carnivore, incarnat, incarner, incarnation, …
  2. Ces mêmes ancêtres latins – auxquels on se doit d'ajouter ici l'adjectif curtus, « tronqué » –, sont passés insensiblement dans la langue française où ils ont fini par prendre une autre forme et où ils ont créé leurs propres dérivés : corium est devenu cuir, cortex est devenu écorce, curtus est devenu court, et caro, gén. carnis a produit une série de mots en -charn-. Ce qui donne les quatre petites listes suivantes :
    cuirasse, cuirassier, cuirassé, ...
    écorce, écorcer, écorcher, écorchure, écorcheur, …
    courtaud, écourter, raccourcir, raccourci, …
    charnu, charnel, charnier, acharnement, décharné,…
  3. Sauf « invité masqué » éventuel, il semble bien que la descendance française de la branche grecque se limite au nom acarien, de ἀκαρής, akarês, « trop court pour être coupé », dérivé du verbe κειρω, keirô, « couper, tondre ».
  4. short, l'élément -shirt de T-shirt, mots empruntés à l'anglais, et écharde. Ces trois mots reposent sur une base *skert-, « couper », élargissement de notre racine, dont témoigne par ailleurs le latin curtus. Voir aussi le mot échauguette dans les Curiosités.

Les invités masqués

  1. Il est tellement bien déguisé qu'on n'est même pas sûr qu'il soit de la famille : biais, probablement emprunté à l'ancien provençal biais, « direction oblique, détour », serait – pour certains – issu d'un dérivé de κειρω, l'adjectif επικαρσιος, epikarsios, « oblique », successivement altéré en *ebigassius puis *bigassius, auquel cas il irait rejoindre acarien parmi les descendants de la branche grecque. Mais d'autres le font venir d'un latin *biaxius, « qui a deux axes » … Dérivé : biaiser.
  2. Au contraire du précédent, plutôt que déguisé, il est surtout plus fidèle à son étymon : caroncule est un emprunt au latin caruncula, « petite excroissance charnue », diminutif de caro.
  3. Comme il est chef de famille, il a jugé bon de se distinguer en ajoutant un i au radical -char- : chair est issu de carnem, accusatif de caro. C'est donc le doublet de carne.
    Quant à charcutier, qui s'est d'abord écrit chaircuttier puis charcuytier, il est composé du nom chair, de l'adjectif féminin cuite, et du suffixe -ier caractéristique des noms de métiers. Dérivés : charcuterie, charcuter, charcutaille.
  4. Avec un i en moins et un g en plus, on le devine entre chair et carne : charogne est issu d'un latin vulgaire *caronia probablement dérivé de caro, carnis « chair ». Dérivé : charognard.
  5. Il a changé le radical cuir- en cur- : curée est un dérivé de cuir, avec le suffixe -ée caractéristique des contenants. Les parts de viande que l'on donnait à manger aux chiens de la chasse à courre étaient en effet jetées sur la dépouille du gibier.

Curiosités

  1. acharner et acharnement : vivant jusqu'au XVIe s., le sens propre du verbe acharner était « garnir (qqch) de chair », notamment un leurre de chasse pour donner le goût du sang aux chiens ou au faucon ; mais acharner et acharnement ont très vite eu des sens figurés : au XIIe s. ils s'employaient à propos d'un violent combat entre humains, et au XIIIe pour un attachement passionné à une personne. Il faudra attendre le XVIIe pour qu'ils en viennent à n'exprimer que l'animosité opiniâtre (s'acharner contre qqn ou qqch), ou simplement la persévérance opiniâtre (un travail acharné).
  2. carnaval est un emprunt à l'italien carnevalo, du latin médiéval carnelevare, composé de carne, « viande » et de levare, « lever, enlever, ôter ». Le sens premier a donc pu être « entrée en Carême », puis « veille de l'entrée en Carême », c-à-d. le Mardi Gras. Dérivé : carnavalesque.
  3. échauguette : c'est une tour de guet sur un mur d'enceinte. L'étymon francique du mot, *skarwahta, a d'abord désigné le petit groupe de sentinelles qui s'y abritait. Le mot francique est composé de *skara « section, troupe » et de *wahta « garde ». L'élément *skara, apparenté aux mots anglais share et shear, a donné l'ancien français eschiere, d'où sont issus le provençal esquiera et l'italien schiera, « foule, troupe (militaire) ». On voit que, dans l'armée, les choses n'ont guère changé puisqu'on y parle encore de « divisions », de « sections » et de « détachements » pour désigner des groupes plus ou moins importants de soldats.

Homonymes et faux frères

  1. Il y a carné et carnet !
    carnet, qui s'est d'abord écrit quernet, est issu de l'ancien provençal quern et celui-ci du latin quaterni, « par quatre, chaque fois quatre », via une forme *quaternum, devenue *quadernum sous l'influence de quadrum. (Voir famille QUATRE).
  2. Il y a chair, cher, chère, et chaire !
    cher est issu du latin carus, qui a, comme le français, le double sens de « chéri, aimé » et de « précieux, coûteux ».
    – le nom féminin chère est issu du grec καρα, kara , « tête » (Voir famille COR).
    chaire vient du latin cathedra, lui-même issu du grec καθεδρα, kathedra, « siège, banc », dérivé de εδρα, « siège, place qu'on occupe ». (Voir famille SÉDIMENT).
  3. Il y a charnier et charnière !
    Le nom féminin charnière est probablement dérivé de l'ancien français charne attesté au début du XIIe s. sous la forme carne au sens de « pivot, pilier », issue du latin classique cardo, gén. cardinis, « gond, point cardinal, pôle ».
  4. Il y a court (adj.) court (n.m.), cours et cour !
    cour et court (n.)sont issus du latin cohors (< hortus), passé du sens d' « enclos, cour de ferme », à celui de « division de la surface d'un camp », puis à celui de « soldats occupant cet espace », à savoir « la dixième partie d'une légion ». Cour vient de cohors après être passé par le bas latin curtis et les graphies anciennes curt, cort (> cortège, via l'italien) et court. C'est sous cette dernière graphie que le mot est passé à l'anglais et revenu plus tard au français avec le tennis.
    – Pour les formes homophones de courir (dont chasse à courre), voir famille COURSE.
  5. Il y a cuir et cuire !
    Le verbe cuire descend du latin coquere après avoir subi un certain nombre de déformations au cours des siècles. (Voir famille CUISINE)
  6. Il y a curée et curé !
    curé est dérivé de cure, lequel est issu du latin cura, « soin », attesté en latin médiéval aux sens de « direction spirituelle », spécialement « celle d'une paroisse » et « fonction à laquelle est attachée la direction spirituelle d'une paroisse ».
  7. Malgré les apparences formelles et un sémantisme commun, il n'y a pas de parenté étymologique entre le verbe κειρω et les deux noms grecs qui signifient « chair, viande », à savoir σαρξ, sarx (> fr. sarcophage) et κρεας, kreas (> fr. créatine).


*(s)meg-

*(s)meg- « grand »

Les branches

  1. magnus, « grand, noble, puissant », l'adverbe magis, « plus », le nom magister, « celui qui est plus que les autres, maître », le nom magistratus, « magistrat », et bien d'autres, reconnaissables à leur radical -mag ( n )-. À ce premier groupe s'ajoutent quelques mots en -maj- issus de major, « plus grand », le comparatif de magnus – dont majestas, « grandeur », et majusculus, « un petit peu plus grand »,– etson superlatif maximus, « très grand ». D'où une triple descendance française à partir de ces trois radicaux :
    • magnanime, magnat, magnum, Charlemagne, magnifique, magnificat, magistral, magistère, magistrat, magistrature, ...
    • majeur, majesté, major, majorette, majorité, majoration, majordome, Majorque, majolique, majuscule,...
    • maximum, maxime, maximal, maximaliste.
  2. Une douzaine de vieux mots français issus de la branche latine se sont considérablement déformés au cours des siècles au point de constituer à eux seuls un deuxième groupe identifiable par les radicaux -mair-, -mais- ou -maîtr- :
    • lat. major → maire, mairesse, mairie
    • lat. magis → mais, jamais, désormais
    • lat. magister → maître, maîtresse, maîtrise, maîtriser, contremaître
  3. La famille française n'a encore rien hérité de la branche germanique – à moins que l'anglais « too much » ne finisse un jour par s'imposer aussi en français ! – mais elle doit à la branche grecque, dont le meilleur représentant est l'adjectif μέγας, gén. μεγάλου, « grand », la plupart de ses mots et préfixes en -meg(a)-:
    még(a)-, mégalo-, oméga, mégapole, mégalomane, mégalithe, mégaphone, mégawatt, mégatonne, mégère, ...

Les invités masqués

  1. venus du sud : les italiens maestro et maestria, et le provençal mistral, nom du plus célèbre des vents français, équivalent du fr. magistral.
  2. venus de l'est : bourgmestre, et le récent webmestre dont le premier élément, web- vient du nord, comme les mots suivants.
  3. venus du nord : mastère, nom d'un diplôme universitaire de création récente influencé par l'anglais master, lui-même d'origine française, et miss, contraction de l'anglais mistress, issu de l'ancien français maistresse, et qui n'est guère employé que dans les concours de beauté.

Curiosités

  1. désormais : cet adverbe résulte de la soudure de la locution antérieurement attestée des ore mais (XIIe s.), formée de dès, ore, « maintenant », et mais, « plus ». Il est synonyme de dorénavant, composé lui aussi par la soudure des éléments de, ore, en et avant. Quant à ore, c'est la graphie ancienne du mot heure. (cf. castillan ahora, "maintenant").
  2. maharajah et maharani : “grand roi” et “grande reine”. On trouve également l'adjectif sanskrit maha dans Mahatma : “la grande âme” (= fr. magnanime), surnom donné à Gandhi par le poète Rabrindranath Tagore. (Pour rajah et rani, voir la famille ROI).
  3. Le mois de mai : le nom de ce mois est issu du latin Maius mensis, « mois de Maia », du nom d'une divinité italique. Maia provient probablement d'une forme *mag-y-a apparentée à magnus.
  4. mégère : emprunt comme nom propre mythologique au latin Megaera, “Mégère”, lui-même emprunté au grec Μεγαιρα, Megaira désignant l'une des Érinyes, déesses de la vengeance qui correspondent aux Furies romaines. Son nom a été rapproché de μεγαιρειν, “regarder comme excessif ; refuser par jalousie”. Mégère serait en conséquence proprement “celle qui refuse, la jalouse”. Le mot, repris comme nom propre en mythologie (1480), s'est lexicalisé au XVIIe s. avec le sens courant de “femme acariâtre, hargneuse”. (Pour les Érinyes, voir Euménides dans la famille MENTAL).
  5. Micromégas : du grec μικρο, mikro, “petit” et μέγας, “grand”. Héros d'un conte éponyme de Voltaire.
  6. Hermès Trismégiste : Charlemagne et Alphonse le Magnanime furent certes grands mais ils sont largement dépassés dans leur grandeur par cet Hermès qui était, lui, “trois fois très grand” ! Le qualificatif de trismégiste, mot qui n'apparaît qu'au IIIe siècle de notre ère, ne s'est jamais appliqué au dieu grec du même nom mais à l'Égyptien Toth, assimilé à Hermès, où il résume la formule μέγιστος καὶ μέγιστος καὶ μέγιστος directement traduite de l'égyptien.

Faux frères

  1. magasin est un emprunt du XIVe s., via l'italien ou le provençal, à l'arabe makhazin مخازن , pluriel de makhzan مخزن « entrepôt ». Dérivés : magasinier, emmagasiner, magazine.
  2. mage est un emprunt du XVe s., via l'italien mago et le latin magus, au grec μαγος, lui-même issu du vieux perse magu, « prêtre ». Dérivés : magie, magique, magicien.
  3. magma est un emprunt du XVIIe s., via le latin magma, « résidu d'un parfum », au grec μαγμα, « masse pétrie, onguent », de la famille de ματτειν, « pétrir », à rattacher à la racine indoeuropéenne *MAG- que l'on retrouve dans macérer, masse, maçon, et dans l'anglais to make.
  4. magnésie est tiré du nom de Magnesia, ville d'Asie Mineure située dans une région où abondent les aimants naturels. Dérivés : magnétique, magnétisme, magnétophone, magnésium, manganèse.
  5. magnolia vient du nom du botaniste Pierre Magnol (1638-1715).
  6. Enfin ne sont non plus de la famille ni magot ni magouille ni magret ni maison ni mégarde ni mégisserie ni mégot.

*(s)teu-

*(s)teu-, « pousser, presser, frapper, battre »

Les branches

  1. Les ancêtres de la branche latine sont d'abord des mots en stu- : les verbes studere, « avoir de l'attachement pour, s'appliquer à », et stupere, « être frappé de stupeur », ainsi que les noms studium, « attachement, zèle, soin, goût pour l'étude », et stuprum, « honte, déshonneur, débauche, viol, adultère ». À quelques exceptions près facilement reconnaissables (les mots en étud-) ce radical -stu- se retrouve chez tous les descendants
    de studere, studium : studieux, studio, estudiantin, étude, étudier, étudiant
    de stupere : stupeur, stupéfaction, stupéfier, stupide, stupidité
    de stuprum
     : stupre
    Un autre verbe latin, tundere, participe passé tusus, « frapper à coups répétés avec un marteau », est l'ancêtre d'un petit groupe de mots reconnaissables à leur radical -tus- :
    contusion, contusionner, obtus, obtusité
  2. Le grec avait un verbe τύπτω « frapper », de la même famille, mais c'est surtout le nom τύπος « coup, marque d'un coup, image », qui a été prolifique. On le retrouve dans tous les mots en -typ- :
    type, typé, typique, typiquement, typographe, typo, typologie, archétype, atypique, prototype, stéréotype, linotype, télétype, …
  3. L'ancêtre germanique de la famille serait la forme reconstituée *stukkaz, « bâton », devenue *stok en francique, avec le sens de « souche, tronc d'arbre ». On la retrouve dans les mots en -stoc- ou -stock-, ces derniers empruntés à l'anglais :
    estoc, estocade (Voir Curiosités)
    stock, stocker, stockage, stockfish, déstocker
  4. Quant à l'ancêtre celtique, ce serait la forme reconstituée *tsukka, « bâton ». En sont issus les noms souche et chouquette, ce dernier dérivé de chouque, variante normanno-picarde de souche, avec influence de chou (à la crème).

Les invités masqués

  1. Avec son o à la place du u de son ancêtre tundere, il se fait passer pour un dérivé de tondre : contondant, qui ne subsiste guère que dans le syntagme instrument contondant.
  2. C'est un doublet d'estoc mais il est moins fidèle à ses origines : étau est en effet lui aussi issu de l'ancien bas francique *stok, « souche, tronc d'arbre ».
  3. De son étymon, il ne lui reste que le préfixe : percer est issu d'un latin populaire *pertusiare, “faire un trou, perforer”, dérivé de pertusum, supin du verbe classique pertundere, même sens, dérivé préfixé de tundere. Dérivés : percement, perçant, percée, transpercer, … et aussi pertuis, plus fidèle à ses origines. (Voir Curiosités).
  4. Qu'il soit issu de tundere ne saute pas aux yeux : touiller vient effectivement du verbe latin tudiculare, “broyer les olives”, issu de tudes, “marteau”, et lui-même de tundere. Même étymon pour l'anglais to toil, “travailler dur et longtemps”... comme un étudiant studieux. Dérivés : bistouille et ratatouille.

Curiosités

  1. Il y a deux mots estoc, deux doublets homographes en quelque sorte, qui ont un grand ancêtre commun, le francique *stok, « souche, tronc d'arbre » (cf. allemand Stock, « bâton »), du germanique *stukkaz de même sens.
    L'un est directement issu du francique : cet estoc-là, le moins connu des deux, survit avec le sens de « souche » comme terme de sylviculture. Au figuré, il a jadis signifié « origine d'une famille », par exemple dans la locution de haut estoc, « de haute naissance ».
    L'autre a fait le détour via le moyen néerlandais stoken, « piquer, pousser ». Il représente le déverbal de l'ancien français estochier puis estoquer (XIIe - XIIIe s.). C'est un terme d'escrime signifiant « pointe de l'épée », comme en atteste l'ancienne locution verbale férir d'estoc, « frapper avec la pointe de l'épée » ; d'où le dérivé estocade.
  2. pertuis est un dérivé de l'ancien verbe pertuiser, “faire un trou”, lui-même dérivé de pertucar ou pertucer, issus du latin populaire *pertusiare, qui est à l'origine de percer. Le mot a désigné couramment un trou, une petite ouverture, un col de montagne. Il a disparu de l'usage courant mais subsiste en toponymie (Pertuis, Le Pertuis, Maupertuis, Pertus, Perthus, etc.), en terminologie nautique et hydraulique – le pertuis est notamment l'ancêtre de l'écluse –, et dans le nom du millepertuis, la fleur aux “mille trous”.

Homonymes et faux frères

  1. Il y a contondant et tondant !
    tondant est le participe présent de tondre, qui n'est pas issu du latin tundere, tusus mais de tondere, tonsus, « tondre ». Dérivés : tonte, tondeuse, tonsure, toison.
  2. Il y a étau et étal !
    Ils sont tous deux d'origine francique mais comme d'autres mots en -stal- (stalle, installer, piédestal), étal – dont le pluriel est étals – est issu de *stal, « position, demeure, étable ». Dérivés : étaler, étalage, étalagiste, étalement, détaler.
  3. percevoir est issu du latin percipere, dérivé préfixé du verbe capere, « saisir, prendre, contenir » (Voir la famille CAPTER.) Dérivés : perception, percepteur, apercevoir.
  4. pertuisane vient comme partisan de l'italien, partigiana pour l'un et partigiano pour l'autre. La hallebarde du partisan, arme blanche en usage du XVe au XVIIe s., aurait donc dû normalement s'appeler la partisane. (Voir famille PART). Étant donnée la fonction du signifié, le mot a facilement subi l'influence de l'ancien verbe pertuiser.

*(s)ub- et *(s)up-

*(s)ub- et *(s)up-, « (mouvement) de bas en haut »

Ces deux racines étaient déjà distinctes en indoeuropéen mais leur origine commune n'est guère discutée. Notons que le verbe latin suspicere, bon témoin du sens originel, ne signifie ni « regarder sous » ni « regarder sur » mais bien « regarder de bas en haut ». Le français en conserve également une trace dans suspect et, pour d'autres mots, dans l'ambivalence du radical -sus- (cf. suspendre sus = sous, branche 1 et pardessus sus = sur, branche 2)

Les branches

  1. Le principal ancêtre de cette famille est le radical latin -sub-, « sous, au pied de, à la place de, dans le voisinage de ». Parmi ses descendants français on trouve des mots qui ont conservé ce radical -sub-, d'autres où le b s'assimile à la consonne qui le suit (par exemple -suff-, -succ-, etc.), d'autres enfin où -sub- est devenu -sou(s)-, voire simplement -sus- :
    • subalterne, subir, subjonctif, sublime, subordonné, subtil, ...
    • succéder, succès, suffire, ...
    • sous, soustraire, dessous, ...
    • soulager, soulever, souligner, sourire, soute, soutenir, souterrain, soutien, souvent, souvenir, ...
    • suspect, suspendre, suspension, ...
  2. L'autre ancêtre latin de cette famille où les contraires se rejoignent est le radical -sup(er)-, « sur », présent dans l'adjectif superus, « qui est au-dessus ». Parmi ses descendants français on trouve des mots qui ont conservé les radicaux -super- ou -sup-, d'autres en -som-, descendants de summus, comparatif de superus : d'autres enfin où -super- se réduit à -sur-, voire simplement -sus- ici aussi :
    • super, supérieur, superbe, supermarché, superficie, superstitieux, superlatif, superflu, supercherie, ...
    • supposer, suppositoire, supplément, suprême, ...
    • sur, surface, surgelé, surtout, survêtement, surprendre, surprise, surhomme
    • somme, sommaire, sommet, sommité, consommer, ...
    • dessus, pardessus, ...
  3. Les ancêtres grecs de cette famille sont les deux prépositions υπερ, huper, « sur », et υπο, hupo, « sous ». Nombre de mots français plus ou moins savants ont comme préfixes hyper- et hypo- :
    • hypocrite, hypothèque, hypothèse, hypoténuse, ...
    • hypermarché, hypertendu, hyperbole, hypertrophie
      (Pour l'expression des mouvements « de bas en haut » et « de haut en bas », le grec a recours à un autre couple antithétique, les préfixes ανα-, ana- et κατα-, kata-, d'où analyse, catalyse, analogue, catalogue et aussi cataclysme, catacombe, cataplasme, catapulte, cataracte, catastrophe)
  4. Quelques emprunts à l'anglais permettent à cette famille française d'avoir une branche germanique, dans laquelle on peut observe qu'à hyper en grec correspond formellement l'angl. over et qu'à hypo en grec correspond l'angl. up. Ces éléments sont présents dans overdose, pull-over, pick-up et pin-up.

Les invités masqués

  1. Il n'est guère reconnaissable, et pour cause ! : sombrer, d'abord sous la forme sous-soubrer, altérée ensuite sous l'influence de sombre (voir plus loin) et interprétée comme sous-sombrer (d'où l'on est passé facilement à sombrer sous), est issu de l'espagnol zozobrar ou du portugais sossobrar, « faire chavirer », eux-mêmes issus du catalan sotsobre (composé de sots, « en bas », du latin subtus, et de sobre, « en haut », du latin super) et de son dérivé le verbe sotsobrar.
  2. De super-, elle a quand même gardé spr : soprano (voir Curiosités).
  3. De super-, il a gardé sr mais il fait croire qu'il est au-dessous alors qu'il est au-dessus : sourcil est issu du latin supercilium, même sens. Dérivé : sourciller.
  4. De super-, il n'a gardé que le s et lui aussi fait croire qu'il est au-dessous alors qu'il est au-dessus : souverain (voir Curiosités).
  5. De sub- il a perdu le b : sujet est issu du latin subjectus, « soumis ». Dérivé : assujetti.
    Pour l'élément -jet, voir la famille JET.

Curiosités

  1. sens dessus dessous est une altération de l'ancien français c'en dessus dessous, c'est-à-dire « ce [qui était] en dessus [est passé] dessous », comme le navire qui a sombré. Balzac s'efforcera de retourner aux sources en écrivant cen dessus dessous, mais son exemple ne sera pas suivi.
  2. somme (n.f.) vient du latin classique summa, fém. de summus, deuxième forme superlative de superus, « qui est au-dessus », l'autre étant supremus. C'est l'abréviation de summa linea, « la ligne d'en haut », les Romains comptant de bas en haut. D'où le sens de summa, « somme formée par la réunion des éléments d'un compte, total, ensemble », d'où summarium, « sommaire, condensé ».
  3. Le souverain français et la soprano italienne sont tous deux issus d'un latin populaire *superanus, « supérieur, souverain, situé au-dessus », dérivé de super. C'est aussi l'origine du nom de famille provençal Soubiran, et du gascon Soubirous. Dérivés : souveraineté, souverainement.
  4. subtil : du latin subtilis, « fin, mince, ténu », probablement issu d'un terme de tisserand, *sub-tela, « qui passe sous les fils de la chaîne ». Dérivés : subtilité, subtilement.
  5. sus est issu du latin susum, variante de sursum, « vers le haut, en haut » (cf. l'exclamation d'encouragement sursum corda, « haut les cœurs ! »), composée de su(b)s et de versum, « dans la direction de, vers ». L'expression courir sus à l'ennemi est sortie d'usage au XVIIe s. On ne trouve plus guère sus que dans la locution en sus (de), utilisée en langue du droit avec le sens de en plus (de).
  6. Un terme hypocoristique : un diminutif du genre chouchou, bichou, bichette, coco, cocotte, utilisé pour parler aux enfants ou aux êtres qu'on veut cajoler. Mot dérivé du grec κορος, koros, “jeune garçon”.

Homonymes et faux frères

  1. Il y a hypo- et hippo- !
    hippo- est issu du grec hippos, « cheval ». Dérivés : hippique, hippisme, hippocampe, hippodrome, hippopotame, Philippe, philippique.
    Le grec hippos et le latin equus, même sens (> fr. équitation), remontent à une racine indoeuropéenne *EKWO-. Quant au latin populaire caballus d'où vient notre cheval, on en ignore l'origine, qui ne semble donc pas être indoeuropéenne. En s'appuyant sur le cas hongre = hongrois, on peut se demander si caballus ne signifierait pas à l'origine « de Caballa ou Cabalia ». (Il a existé dans l'antiquité des régions de ce nom en Asie Mineure.)
  2. Il y a somme et somme !
    Le nom masc. somme vient du latin somnis, « sommeil », qui vient lui-même de somniculus, diminutif de somnis. Du petit somme au grand sommeil, on voit que les durées respectives se sont inversées ! Dérivés : somnoler, somnolence, somnifère, insomnie.
    Quant au verbe assommer, on ne sait pas très bien de quel « somme » il dérive ; peut-être des deux à la fois !
  3. Il y a consommer et consumer !
    consommer est bien de la famille puisqu'il est issu du lat. consummare, « faire le total, achever », de summa, « somme », vu plus haut. Mais, dans la langue de l'Église, consummare tend à se confondre avec consumere, « absorber entièrement » d'où est issu notre consumer ; autrement dit, pour l'Église, on risque de se consumer dans la consommation !
    Le verbe consumere est dérivé du verbe latin emere, part. pass. emptus, « prendre », puis « prendre contre de l'argent, acheter ». Autres dérivés : rançon, prime, présumer, résumer, assumer, exemple, rédemption, péremptoire, somptueux, prompt, ...
  4. Il y a sombrer et sombre !
    L'adjectif sombre porte bien son nom ! C'est un mot d'origine obscure qui ne semble avoir de rapport ni avec le mot ibérique sombra, qui a pourtant le même sens, ni avec ombre, avec lequel il rime si bien. On le fait généralement dériver d'un verbe hypothétique *sombrer, « faire de l'ombre », issu d'un bas latin subumbrare qui n'est attesté que deux fois et aurait disparu à l'époque prélittéraire. Dérivé : assombrir


*AR-

Patriarche indoeuropéen : *AR-, « placer, ajuster »


Les branches

  1. L'un des principaux ancêtres de cette famille est le nom latin ars, génitif artis, « art, habileté, manière, métier ». Les mots français qui en sont issus se reconnaissent à leur radical - art- :
    art, artisan, artiste, article, articulation, artifice, ...
  2. Un deuxième ancêtre de cette famille est le nom latin neutre pluriel arma, « armes ». Les mots français qui en sont issus se reconnaissent à leur radical - arm- :
    arme, armée, armoire, alarme, armure, armateur, armistice, gendarme, ...
  3. Cette famille a aussi une branche grecque représentée d'une part par le nom αρθρον, arthron, « articulation », d'où sont issus arthrite et arthrose, et d'autre part par le nom αρμονια, harmonia, « juste rapport », d'où sont issus harmonie et ses dérivés, harmonica, harmonieux, harmonium, philharmonique, ...

Les invités masqués

  1. Dans le radical -art-, il a, dès le latin, mis un e à la place du a : inerte, du latin iners, « malhabile ». Dérivé : inertie.
  2. Dans le radical -art-, il a mis en français moderne un o à la place du a : orteil, de l'ancien français arteil, du latin classique articulus.
  3. Dans le radical latin -art-, il a mis un o à la place du a et un d à la place du t : ordre, du latin ordo, même sens. Mais son appartenance à la famille ne fait pas l'unanimité des étymologistes. Dérivés : ordinaire, ordinateur, ordonnance, ordonner, contrordre, coordonner, désordre, extraordinaire, primordial, subordonné, ...
  4. Dans le radical grec -arth-, il a introduit un i entre le r et le th : arithmétique, de αριθμος, arithmos, « nombre ». Dérivés : logarithme, logarithmique. (Voir « Curiosités », 2)

Curiosités

  1. Pour comprendre le lien étymologique entre les articulations et les armes, il faut savoir qu'en latin le mot arma (neutre pluriel) est lié au mot armus, “jointure du bras et de l'épaule, bras”. Une arme est donc originellement “ce qui garnit ou prolonge le bras” dans la lutte. Rappelons qu'en anglais le mot arm a le double sens de bras et d'arme.
  2. Pour comprendre le lien étymologique entre les articulations et l' arithmétique, il faut savoir que dans αριθμος, arithmos, on a une forme à élargissement en i de la racine indoeuropéenne *AR- ; ce i est d'ailleurs conservé dans le latin ritus (voir ci-après) et dans d'autres langues indoeuropéennes. Pour le sens, on est passé de la valeur concrète, « articulation de l'épaule », à celle de « découpage, articulation, subdivision » par une évolution analogue à celle qui mène de la valeur anatomique de membre aux emplois figurés de ce mot.
  3. rite est emprunté au latin ritus, terme religieux désignant "la cérémonie, le culte". La valeur religieuse existe dès le sanskrit et l'avestique dans des mots où l'idée d'articulation correspond à celle d'organisation, d'où « ordre conforme à ce qu'exige la religion ». Dérivé : rituel.

Faux frères

  1. Ne sont de la famille ni artère, qui vient du grec par le latin, ni artichaut, qui vient de l'arabe par l'italien, ni artillerie, qui vient du germanique par le francique.
  2. armor, « le pays de la mer » (en Bretagne) est d'origine celtique. Il appartient à une famille indoeuropéenne d'où sont également issus les mots mer, marée, marais, ...
  3. ritournelle vient de l'italien ritornello, diminutif de ritorno, « retour ».
  4. algorithme - qu'il ne faut pas confondre avec son anagramme logarithme - est issu du nom du savant perse de langue arabe Al-Khuwarizmi, inventeur de ce procédé de calcul, nom altéré sous l'influence du grec arithmos, "nombre".

*BHER-

Patriarche indoeuropéen : *BHER-, « porter, apporter »

Les branches

  1. Le principal ancêtre latin de cette famille est le verbe ferre, « porter (dans son ventre), supporter, rapporter, raconter ». Nombre de mots français qui en sont issus se reconnaissent à ce radical -fer- :
    fertile, circonférence, conférence, déférence, différence, différend, différent, florifère, fructifère, légiférer, mammifère, pétrolifère, préférer, proférer, proliférer, référence, référendum, référer, somnifère, transférer, vociférer...
  2. Les principaux ancêtres grecs de cette famille sont les mots φερειν, pherein, « porter », φορα, phora, « action de porter », etc. Nombre de mots français qui en sont issus se reconnaissent à ces radicaux -phér- ou -phor- :
    périphérie, périphérique, téléphérique (ou téléférique) ;
    métaphore, amphore, phosphore, euphorique, doryphore, sémaphore, coccolithophore, ...
  3. Le verbe latin ferre, défectif, a dû emprunter certaines de ses formes, notamment son parfait tuli et son participe passé latus (< tlatus), à une autre famille indoeuropéenne (*tel-, *tol-, *tla-, « soulever, supporter ») représentée en grec par Atlas, le dieu qui soutient les colonnes du ciel (> Atlantique), et en latin par le verbe tollere, « soulever, enlever », auquel s’apparente tolerare, « porter, supporter ».
    Le lien sémantique entre ces deux familles latines se retrouve en français dans des couples formellement apparentés et complémentaires comme référence / relation, transfert / translation, etc.
    Voici d’autres mots en -lat- et -tol- qui dérivent de cette source :
    tolérance, tolérer, tollé, ablatif, ablation, collation, collationner, corrélation, délateur, délation, dilatoire, législatif, prélat, relater, relatif, relativement, relativité, superlatif, ...
  4. bière (= cercueil ; surtout employé dans la locution nominale mise en bière) est probablement le seul membre de la famille qui soit d’origine germanique : issu du francique *bera, « brancard », il désigne originellement la civière sur laquelle on portait les malades, les blessés et spécialement les morts, et que l’on abandonnait fréquemment comme ultime couche avec ces derniers [2]. Quand l’usage du cercueil se répandit, bière commença par métonymie à désigner un cercueil de bois (fin XIIe s.). Avant le XVIe s., il abandonna à civière son sens étymologique de « brancard » tout en le conservant dans certains dialectes de l’Est.

Les invités masqués

  1. De -fer-, ils cachent le e :
    offrir, du bas latin offerire, du latin classique offerre, « présenter, offrir, montrer ». Dérivés : offrande, offre.
    souffrir, du bas latin sufferire, du latin classique sufferre, « porter sous, supporter ». Dérivés : souffrant, souffrance.
  2. De -phor-, il ne montre que le -ph- : Christophe, du grec Χριστοφορος, Christophoros, celui qui, selon la légende, a porté le Christ sur ses épaules. C’est le saint patron des voyageurs ; on peut encore lire sur certaines médailles représentant la scène : « Regarde saint Christophe et va-t’en rassuré. »
    Nicéphore, lui, porte ostensiblement la victoire, mais en compagnie de Véronique et de Bérénice, plus discrètes.
  3. Il est méconnaissable : ampoule, du latin ampulla, « fiole », diminutif de ampora ou amphora, « amphore », du grec αμφορευς, amphoreus, littéralement « instrument porté des deux côtés », et donc « jarre à deux anses, amphore ».

Curiosités

  1. collation est issu du latin médiéval collatio, de collatus, participe passé de conferre, « conférer ». Ce fut d’abord la « conférence » avant le repas des moines, d’où son sens actuel de « repas léger ». Un sens encore plus ancien, « action de comparer entre eux des manuscrits, textes, documents », est conservé dans les dérivés collationner et collationnement.
  2. Diafoirus : nom de famille donné par Molière aux célèbres médecins de son « Malade Imaginaire ». Ce nom de Diafoirus est un savant amalgame concocté à partir du grec διαφορος, diaphoros, « différent, qui surpasse les autres », et du français foireux, lui-même issu du latin foria, « diarrhée », mot d’origine obscure. De Monsieur Purgon (allusion claire aux purges et purgatifs) aux Diafoirus en passant par l’administrateur de clystères, Monsieur Fleurant (de fleurer, « dégager une odeur »), on voit que Molière ne répugnait pas à la métaphore scatologique pour faire rire son public.
  3. Lucifer : littéralement « le porte-lumière ». Dans la tradition chrétienne, c’est le beau nom de Satan, le prince des démons déchus du Ciel. Son nom rime avec enfer, mais ce dernier est d’une autre famille (voir plus loin).
    Le premier élément du mot, luci-, est issu de la racine indoeuropéenne *LEUK-, patriarche d’une riche famille dans laquelle on trouve quantité de mots relatifs à la lumière : lumière, allumer, luire, illustrer, lucide, illuminer, lune, etc.
  4. prolifère est un mot de création relativement récente (1766). Son suffixe -fère, que l’on retrouve dans somnifère, pétrolifère, etc. est tiré du latin fer, « qui porte », du verbe ferre (branche 1).
    Son premier élément, proli-, est tiré du latin proles, « lignée, enfants, famille » (> fr. prolifique, prolétaire, « celui qui n’est considéré utile que par les enfants qu’il engendre »). Dérivés : proliférer, prolifération.
  5. tollé est issu de l’impératif présent tolle du verbe tollere vu plus haut ; il signifie donc « Prends ! Enlève ! Supprime ! ». C’est, dans le texte de la Vulgate, le cri des Juifs demandant à Ponce Pilate la condamnation à mort de Jésus.
  6. Pour oblat et oublie, voir Forum Babel.
  7. coccolithophore : mot formé du grec κόκκος [kokkos], "grain", λίθος [lithos], "pierre", et φορέω [phoreô], "porter" (= qui porte des grains de pierre).
    Les coccolithophores sont parmi les êtres vivants les plus fascinants de la nature. Ils fascinent par
    - leur grande beauté : de la dentelle de pierre !
    - leur échelle : ils sont microscopiques, mais leurs énormes colonies de dizaines ou de centaines de kilomètres peuvent être observées à partir de satellites.
    - l'importance qu'ils ont sur le climat : extraction de masses énormes de CO2 atmosphérique et stockage du carbone au fond des océans par la sédimentation de leurs exosquelettes calcaires (carbonate de calcium).
    - l'impact sur le paysage : ces individus de quelques microns peuvent produire des sédiments de 100 m d'épaisseur (craie). Paris est construite en coccolithes (leurs exosquelettes). Notre-Dame de Paris est faite de coccolithes. Sa grande rosace rappelle les coccolithes dont elle est faite !

Homonymes et faux frères

  1. Il y a bière et bière !
    La bière que l’on boit nous vient du verbe latin bibere, « boire », mais après un détour par les terres et gorges germaniques. C’est au XVe s. que la bière a évincé la gauloise cervoise. Le mot nouveau correspondait à une technique nouvelle, la bière avec houblon. Les mots moyen haut allemand et moyen néerlandais bier, auxquels répond le vieil anglais beor, remontent au latin monastique biber, « boisson », substantivation de biber, forme tronquée de l’infinitif bibere. Dérivés : boire, boisson, buveur, beuverie, bibendum, imbu, fourbu, ... [3]
  2. Il y a souffrant et souffreteux !
    souffreteux est issu d’un latin populaire *suffracta, « choses retranchées », féminin substantivé de *suffractus, participe passé de *suffrangere, altération du latin classique suffringere, « rompre, briser par le bas » (Voir famille BRÈCHE), d’où l’ancien français soufraindre, « manquer, faire défaut », dont la variante souffraindre a évidemment subi l’influence de souffrir. Du dénuement à la petite souffrance, il n’y avait qu’un pas que les similitudes formelles ont permis de franchir aisément. C’est un cas typique d’évolution du sens lié à une étymologie populaire.
  3. décollation (comme celle de Saint Jean-Baptiste, souvent représentée en peinture) est de la famille COL ; elle n’a de rapport ni avec la collation vue plus haut ni avec le verbe décoller, antonyme de coller.
  4. enfer est issu du latin chrétien infernus ou infernum, du latin classique inferni, « séjour des âmes », de infernus, « d’en bas », doublet de infer / inferus, « au-dessous », dont le superlatif est infimus. Dérivés : infra-, inférieur, infériorité, infime, infernal.
  5. fer est issu du latin ferrum, d’origine inconnue. Dérivés : ferrer, ferrure, ferrugineux, ferraille, ferronnerie, ferroviaire, ferreux.
  6. ferry est l’abréviation de ferry-boat ou car-ferry, « bateau transportant les passagers et leurs voitures ». C’est un membre de la branche germanique de la famille PORT, racine *PER-(T)-, « traverser ».
  7. féru et interférer sont d’une autre famille. Le premier est directement issu de l’ancien verbe férir et le deuxième de son dérivé préfixé s’entreférir, « se battre », du latin ferire, « frapper » (cf. la locution sans coup férir et l’espagnol herir, « blesser », anciennement ferir). La forme actuelle (en -férer) s’explique par le retour récent au français de mots jadis empruntés par l’anglais (interfere). Dérivé : interférence.
  8. Les mots suivants en lat- sont sans rapport avec latus, participe passé de ferre, qui a deux homonymes, un nom et un adjectif, lesquels n’ont pas non plus de rapport entre eux :
    latéral est issu du latin lateralis, du nom latus, gén. lateris, « côté ».
    latitude est issu de l’adjectif latus, « large » ». Dérivés : latifundium, dilater, dilatation.
    L’adjectif dilatoire est sans rapport avec le verbe dilater ; lié par défection au verbe différer, il est bien de la famille (branche 3).
    latent est issu du latin latens, participe présent du verbe latere, « être caché ». Dérivé : latence.
  9. Aucun mot en -ferm- n’est de la famille. Ni féroce, ni férule, ni fervent.

Dans d’autres langues indoeuropéennes

  • esp. ampolla, diferencia, diferente, feraz, féretro, fértil, ofrecer
  • port. conferir, diferença, diferente, féretro, fértil, oferecer, sofrer
  • it. bara, barella, conferenza, differenza, ferace, feretro, fertile, offrire
  • angl. barn, bear, bier, birth, burden, confer, difference, different, offer, paraphernalia
  • all. Bahre, Bürde, Fruchtbar, gebären, Gebühr, Geburt, Konferenz
  • rus. брать, конференция, метафора, собрание, сбор, фосфор

Notes

  1. Il est normal qu’au son /bʰ/ à l’initiale en indoeuropéen correspondent les sons /f/ en latin et en grec, et /b/ en germanique. Cette racine ne doit pas être confondue avec ses homonymes : *BhER-2 d'où sont issus férir et interférer, *BhER-3 d'où est issu brun, et *BhER-4 d'où est issu frire.
  2. Ce brancard mortuaire était dénommé feretrum en latin ; ce dernier mot est l’étymon de l’équivalent de notre bière dans les autres langues romanes.
  3. Pour exprimer la notion de « boire », le latin utilisait aussi et surtout le verbe potare (> fr. potion, potable, poison).
    Le latin potare et le grec πινειν, pinein rendent bien compte d’une synonymie *PŌ- / *PĪ- qui remonte à l’indoeuropéen et explique la coexistence en latin des deux verbes potare et bibere. Cette dernière forme est due à une sonorisation de pi- en bi- et à un redoublement de la syllabe obtenue. Malgré sa plus grande fréquence en latin, potare a été évincé par bibere dans les langues romanes.

*BHĀ-

Patriarche indoeuropéen : *BHĀ-, « parler »


Les branches

  1. Le principal ancêtre latin de cette famille est le verbe fari, qui a pour participe passé fatus, « parler », et comme dérivé le nom fatum, « énonciation divine, destin, malheur ». En sont issus la plupart des mots français qui commencent par fat - :
    fatal, fatalement, fatalisme, fataliste, fatalité, fatidique
  2. Fans, « parlant », participe présent de ce même verbe fari, est à l'origine de son contraire, infans, « (enfant) qui ne parle pas encore ». (Voir ci-après « Curiosités », 3). De ce dernier sont issus, directement ou via l'espagnol ou l'italien, un nombre assez important de mots français qui contiennent le radical - fan - :
    enfance, enfant, enfantement, enfanter, enfantillage, enfantin
    infant, infante, infanterie, infanticide, infantile, infantiliser, infantilisme
    fandango, fantassin, Fanfan, Fantine, fantoche
    (formes abrégées)
  3. Un autre ancêtre latin de la famille est le verbe fateri, participe passé fassus, « avouer », dont les dérivés ont un participe passé en -fessus, tel profiteri, professus, « faire une déclaration, promettre ». En sont issus presque tous les mots français qui contiennent le radical - fess - :
    confesser, confesseur, confession, confessionnal,
    professer, professeur, profession, professionnel, professoral, professorat
  4. Un autre ancêtre latin est le nom fabula, « conversation, récit mythique, conte ». En sont issus presque tous les mots français qui contiennent le radical - fab - :
    fable, fabliau, fabulateur, fabulation, fabuleux, fabuliste
    affabilité, affable, affabulation ; ineffable
  5. Un dernier ancêtre latin est le nom fama, « bruit qui court ». En sont issus un certain nombre de mots français qui contiennent le radical - fam - :
    fameusement, fameux, infamant, infâme, infamie, mal famé
    diffamateur, diffamation, diffamatoire, diffamer
  6. Cette riche famille ne pouvait manquer d'ancêtres grecs. Il s'agit essentiellement d'une part du verbe φαναι, phanai, « parler », avec ses dérivés et composés, et d'autre part du nom φονη, phonê, « voix, parole ». En sont issus nombre de mots français comportant les radicaux - pha -, - phè -, - phé -, ou - phon - :
    phatique, aphasie, aphasique
    blasphémateur, blasphématoire, blasphème, blasphémer
    (de βλασφημειν, blasphêmein, « prononcer des paroles de mauvais augure, tenir de mauvais propos contre qqn »)
    euphémique et euphémisme (de ευφημειν, euphêmein, « prononcer des paroles de bon augure »)
    prophète, prophétie, prophétique, prophétiser (de προφητης, prophêtês, « celui qui dit la volonté d'un dieu, qui annonce l'avenir »)
    phonème, phonétique, phonographe, phonologie, polyphonie,
    allophone, aphone, bigophone, cacophonie, dodécaphonique, électrophone, euphonique, francophone, homophone, magnétophone, mégaphone, microphone, radiophonique, stéréophonie, symphonie, téléphone, ...
  7. Enfin cette nombreuse famille ne pouvait pas non plus se passer d'une branche germanique. Le principal descendant en est le mot ban, emprunté au francique *ban, « loi qui entraîne une peine si elle n'est pas respectée, proclamation », lequel est rattaché au verbe germanique *bannan, « commander, défendre sous menace de peine ». Ce terme de droit féodal a donné naissance aux mots :
    banlieue, « étendue d'une lieue autour d'une ville dans laquelle l'autorité faisait proclamer les bans »,
    banal, « de la circonscription seigneuriale »,
    bannir, « convoquer [une armée] par ban »,
    bannière, « enseigne symbolisant le droit de ban »,
    aubain, « étranger [d'un autre ban] » (terme médiéval),
    aubaine, « droits du seigneur sur les biens de l'aubain »,
    abandonner (< probablement à ban donner = donner à ban, « laisser au pouvoir de quelqu'un »),
    forban, « hors ban » (cf angl. outlaw).
    arrière-ban, déformation de arban ou herban, du francique *hariban, « appel pour l'armée ».
Les invités masqués

  1. C'est un doublet de blasphémer (branche 6), mais ce n'est pas évident : blâmer. Il est issu du latin populaire *blastemare, « faire des reproches » (cf. espagnol lastima, « dommage »), du latin classique blasphemare, « outrager, blasphémer », emprunté au grec βλασφημειν, blasphêmein. Dérivés : blâme, blâmable.
  2. Il est de la branche -fat- (branche 1), mais ce n'est pas évident : fée. Ce mot est en effet issu du latin populaire fata, féminin de fatus, « oracle, destin », fait sur fatum et désignant une « déesse des destinées ». Dérivés : féerie, féerique, fado, Fadette.
  3. Il est de la branche -fab- (branche 4), mais il a remplacé le f par un h : hâbleur. C'est un emprunt du XVIe s. à l'espagnol hablar, « parler », anciennement fablar.
  4. Quant à celui-ci, il est carrément méconnaissable ! : mauvais (Voir ci-après « Curiosités », 4).
Curiosités

  1. faconde est aussi de la famille de fari ; il est directement issu de l'adjectif latin facundus, « disert ».
  2. farfadet est d'origine provençale. Il est issu de fadet, “fou” en ancien provençal, et “feu follet” en provençal. Dérivé de fado, “fée”, lui-même du latin fatum comme on l'a vu plus haut. La syllabe initiale far- est peut-être issue d'un emprunt à l'italien farfarello, « lutin, farfadet », lui-même d'origine arabe (< farfara, « battre des ailes, papillonner, froufrouter »). (Voir plus loin fanfare et fanfaron).
  3. infanterie  : emprunt de la Renaissance à l'italien infanteria au sens de « troupes à pied » ; infanteria dérive de infante, « enfant », qui avait pris au XIVe s. le sens de « fantassin », peut-être à partir d'un sens « jeune homme qui n'est pas en âge de combattre à cheval ». Fantassin est quant à lui emprunté à l'italien fantaccino, même sens, dérivé de fante, « fantassin » et « valet », forme abrégée de infante. Tout comme le français enfant et l'espagnol infante, l'italien infante vient du latin infans, « qui ne parle pas ». L'infanterie, ou la doublement « Grande Muette », en somme ...
  4. mauvais : d'abord malveis et malvais, est – tout comme l'espagnol malvado, “méchant, scélérat” – issu d'un latin populaire malifatius attesté dès 23 ap. J.-C. Le mot est composé de malum, “mal”, neutre de l'adjectif malus, et de fatum, “oracle, destinée”, composition et sens qui ne sont pas sans rappeler ceux de malheureux et de méchant (Voir la famille CADENCE). Le mot malifatius forme un couple antonymique avec bonifatius, “affecté d'un sort heureux, fortuné”, passé en français dans le prénom Boniface.
  5. Polyphème  : nom du plus célèbre des Cyclopes, composé de πολυς, polus, « nombreux, abondant », et de φημη, phêmê, « parole » ; Polyphème signifie donc « le Bavard ».
Homonymes et faux frères

  1. Il y a ban et banc  !
    ban  : voir ci-dessus branche 7.
    banc est emprunté au germanique *bank (cf. angl. bench, bank). Il a été introduit en français par l'intermédiaire du latin populaire bancus. Dérivés : banque, banquet, bancal, banqueroute.
  2. Il y a face et préface  !
    préface, tout comme Boniface, est de la famille ; il est issu du latin praefatio, « avant-propos », du verbe praefari, « dire d'avance ». Dérivé : préfacer.
    – mais face est de la famille de faire ; il est issu du bas latin facia, du latin class. facies, « apparence donnée à une chose faite, physionomie, façade ». Dérivés : façade, faciès, façon, facette, effacer, surface. (Voir famille FAIRE).
  3. Il y a fado, fat, fade et fada  !
    fado, emprunt portugais dérivé de fatum, est donc de la famille, comme nous l'avons vu à propos de fée.
    fat, fade et fada sont quant à eux issus du latin fatuus, « insensé, imbécile, sans goût ». Dérivés : fatuité, fadeur, fadaise.
  4. Il y a feu et feu !
    – L'adjectif feu est de la famille ; c'est l'aboutissement du latin populaire *fatutus, « qui a telle destinée, qui accomplit sa destinée », lui-même dérivé de fatum.
    – mais mais le n. masc. feu est issu du latin focus, « foyer où brûle un feu, bûcher, réchaud, famille ». Dérivés : foyer, focal, focaliser.
  5. fabriquer vient du latin faber, « artisan qui travaille les corps durs » (> fr. orfèvre, Lefèvre, etc.)
  6. famille vient du latin famulus, « serviteur », mot italique qui a dû, à l'origine, désigner la domesticité, l'ensemble des serviteurs vivant sous le toit et sous l'autorité du paterfamilias.
  7. fanatique dérive du latin fanum, « temple », d'où profane.
  8. fanfare vient de l'esp. fanfarria, dérivé de l'arabe farfara, "agiter des ailes, papillonner" ; faire le fanfaron" ; et fanfaron vient de l'esp. fanfarón, dérivé de l'arabe farfar, "volage, léger, inconstant, bavard", lui-même dérivé de farfara. (Voir plus haut farfadet).
  9. fantôme est issu d'une racine indoeuropéenne homonyme (*BHĀ-) [3] via le grec phainein, phainesthai, « faire briller, faire voir, paraître ». Autres dérivés : fanal, fantaisie, fantasme, fantasque, fantomatique, diaphane, emphase, épiphanie, phase, phénomène, pantois, ...
  10. fatiguer est un emprunt au latin classique fatigare, « faire crever (un animal), accabler, abattre par la dépense de forces ; importuner ».
  11. fesse vient du latin fissum, « fente » (> fr. fissure), participe passé substantivé de findere, « fendre », via un latin populaire *fissa signifiant à la fois « anus » et « fesses ». Dérivé : fessier.
    Mais fesser et fessée sont quant à eux de la famille de faisceau. Leur graphie a évidemment été influencée par le nom de la partie du corps la plus souvent affectée par ce « châtiment ».

*DWO-

Patriarche indoeuropéen : *DWO-, « deux »

Les branches

  1. Parmi les principaux membres français de cette famille on trouve des mots qui contiennent les radicaux -du-, -dou-, et -deu-. Ils sont issus de mots latins comme duo, « deux », dualis, « duel » (adj.), dubitare, « hésiter (entre deux possibilités), douter », duodecim, « douze », duplicare, « doubler », etc. En sont issus :
    deux, double, doublure, doublon, doublet, doute, douze, dubitatif, duel, duo, dualité, duplex, duplicata, duplicité, indubitable, dédoublement, redoubler, redouter, ...
  2. Parmi les ancêtres latins de cette famille on trouve aussi des mots comme bis, « deux fois », et bini, « chaque fois deux ». (Les formes latines « modernes » bi- et bis- sont respectivement issues des formes dwi- et dwis-, plus proches du grec et de l'indoeuropéen.) En sont issus des mots contenant le radical -bi-[1] :
    biceps, bicolore, bifurcation, bilan, binaire, biner, binette, binocles, bipède, bis, biscornu, biscotte, biscuit, biseau, biseauter, bissectrice, bisser, bissextile, combiner, combinaison, débiner, ...
    et bicyclette, bipolaire, bicéphale, mot hybrides car latins par le préfixe et grecs par le reste.
  3. La branche grecque de cette famille est bien représentée par des mots comme δις, dis, « deux » fois, διχα, dikha ou διχο-, dikho-, « (partagé) en deux », et διπλους, diplous, « double ». En sont issus des mots contenant le radical -di-[2] :
    diplôme, diplomate, diplodocus, dichotomie, ...
    (Pour l'élément -plo- des deux premiers mots, voir la famille PLEXUS).
  4. Le français a eu accès à la branche germanique de la famille grâce aux récents emprunts de twist, d'après un verbe anglais signifiant « tordre, tourner », du germanique *twa, « deux » (cf. anglais two) et de twin-set, de l'anglais twin, « jumeau ».
Les invités masqués

  1. Dans bi-, il a remplacé i par a : balance, du latin populaire *bilancia, de lanx, « plateau de balance ». Même origine pour bilan qui, via l'italien bilancio, est donc une sorte de doublet de balance. Dérivés : balancer, balançoire, balancement.
  2. Dans bi-, ils ont remplacé i par e :
    besace est issu du bas latin bisaccium, pl. bisaccia, « double sac », tout comme son doublet bissac.
    bévue est composé du préfixe - issu du latin bis- et du nom vue. De création relativement récente (1642), il s'est dit d'abord d'une erreur due à la vue, puis d'une méprise grossière due à l'ignorance ou à l'inadvertance.
  3. Dans bi-, il cache bien son i : brouette, dérivé diminutif d'un ancien français probable mais non attesté *beroue, issu du bas latin birota, « véhicule à deux roues », qu'une méthode de « latin vivant » utilise pour traduire "bicyclette". Le mot a d'abord désigné une petite charrette à deux roues et à deux brancards qui servait au transport des personnes. On est passé ensuite au transport de marchandises, puis à la roue unique.
  4. Dans bi-, il a remplacé b par v : vingt, du latin viginti, « deux fois dix, vingt ». Dérivés : vingtième, vingtaine.
    (Ce v initial gardant en fait la trace du w de dwi- (branche 2), il faudrait dire plus exactement que dwin- est devenu directement vin-.)

Homonymes et faux frères

  1. Il y a binette et binette !
    binette (n.f. 1), le nom de l'outil agricole qui sert à biner, « donner à la terre une seconde façon », est de la famille.
    binette (n.f. 2) au sens de « visage » est d'origine incertaine. On a proposé des rapprochements avec trombine, bobine et Binet, nom d'un coiffeur de Louis XIV.
  2. Il y a duel et duel !
    – Le nom masc. duel vient du latin duellum, forme archaïque de bellum, « guerre » (cf. fr. belliqueux, rebelle). (Ce n'est pas un cas isolé : nous avons vu plus haut que dwis était une forme archaïque de bis.)
    – L'adjectif duel, plus rare et plus savant, est bien de la famille, comme nous l'avons vu dès le début ; il vient de l'adjectif latin dualis, « duel », par opposition à « singulier » et « pluriel ».

    Comme il faut être au moins deux pour se battre en duel ou pour se faire la guerre, il y a peut-être un rapport étymologique entre les deux mots mais on n'en a pas la preuve formelle.

Notes

  1. Il n'y a aucun rapport, en dépit des apparences, entre le radical -bi- et le préfixe ambi- d'origine latine. Ce dernier est en revanche clairement apparenté à son équivalent grec amphi-.
  2. Le sens originel du préfixe grec δια-, dia-, tout comme celui de son équivalent latin dis-, étant « en divisant (pour traverser ensuite) », on peut s'étonner que personne ne fasse l'hypothèse du rattachement de ces morphèmes à la racine *DWO-. Rappelons que le diable (famille BAL) est « celui qui désunit ».

*GEN-

*GEN-, « faire naître, engendrer »

Les branches

  1. Les principaux ancêtres de cette famille sont les noms latins gens, « race, famille élargie, famille noble », et genus, « extraction, race, genre », ainsi que les noms grecs γενος, genos, « naissance, famille, race », et γενεσις, genesis, « force productrice, origine, création ». En sont issus la plupart des mots qui contiennent le radical -gen- (ou -gén- ou -gèn-) :
    Mots issus du latin : gendarme, gendre, général, générateur, génération, généreux, générique, génial, génie, génital, géniteur, génitif, genre, gens, gentil, gentilé, gentilhomme, congénère, congénital, dégénérer, engendrer, entregent, indigène, s'ingénier, ingénieur, ingénieux, ingénu, progéniture, régénérer ...
    Mots issus du grec : gène, généalogie, genèse, génétique, génome, anxiogène, Diogène, électrogène, Eugène, Eugénie, eugénisme, hétérogène, homogène, hydrogène, Iphigénie, oxygène, pathogène, photogénique
    Mot hybride : génocide (l'élément -cide vient du latin caedere, "tuer")
  2. Une autre branche latine de cette famille, dans laquelle n'apparaît plus que le n de -gen-, est bien représentée par les mots latins natio, « naissance, peuplade, nation », natura, « action de faire naître, caractère naturel, ordre naturel », et natus, « né ». En sont issus la plupart des mots qui contiennent les radicaux -natur- ou simplement -nat- :
    nature, naturel, naturellement, naturisme, dénaturer, naturaliser, surnaturel...
    natal, natalité, natif, nativité, nation, prénatal, Nathalie, Natacha, ...
  3. On aura compris que le verbe français naître, participe présent naissant, participe passé , est de la famille, même s'il ne ressemble plus guère à son étymon latin nascere. Rappelons la petite famille de ce verbe :
    naissance, naissant, aîné, inné, puîné, renaissance, renaître, René

Les invités masqués

  1. Ils ne montrent plus que le n de -gen-, du moins au masculin : les adjectifs bénin et malin, du latin benignus, « d'une bonne nature, bienveillant », et son contraire malignus, qui eux-mêmes, comme on le voit, en avaient déjà perdu le e. Le g subsiste dans les formes féminines bénigne et maligne.
  2. Dans -gen-, il a changé le e en un i : engin, du latin ingenium, « talent, intelligence ». Le mot engin a d'abord signifié « adresse, ruse », avant d'avoir son sens actuel. C'est de ce même étymon que viennent notre ingénieur et l'engineer anglais.
  3. Déjà dans germen, son étymon latin, le n de gen- était devenu r au contact du suffixe men : germe. Dérivés : germer, dégermer, germination, germinal, germain, germanopratin.
  4. Déjà dans son étymon latin, -gen- était réduit à -gn- : imprégner est un ré-emprunt au latin impraegnare, « rendre enceinte », de praegnas, « enceinte » (cf. anglais pregnant). Le verbe imprégner a été introduit en français sur son modèle latin au début du XVIe s. pour le distinguer de son doublet empreigner, alors trop facilement confondu avec empreindre. Dérivé : imprégnation.
  5. C'est un natif qui a perdu son t : naïf. Les deux mots sont donc des doublets issus du latin nativus. Dérivé : naïveté, naïvement.
  6. Seul son n initial permet encore de le reconnaître : Noël vient du latin natalis (dies), « le jour de la naissance (de Jésus) ». On disait Nael au Moyen Âge, et puis le a est devenu o.

Curiosités

  1. agencer est une sorte d'enfant abandonné adopté par une autre famille ; il est en effet issu de l'ancien adjectif gent, gente, « noble, beau », encore connu par le syntagme gente dame ; or gent vient du latin genitus, « né », spécialement « bien né » en latin médiéval ; agencer est donc bien, à l'origine, un membre de la famille de gens. D'abord attesté sous la forme rajancier, il s'est employé en ancien français pour « organiser, disposer en bon ordre » et absolument pour « arranger, adoucir les choses ». La valeur étymologique de « rendre agréable ou beau » s'étant perdue au cours des siècles, c'est à agent - agir que le verbe se rattache sémantiquement à partir des XIVe-XVe s., l'idée dominante devenant « organiser, arranger ». (Voir la famille AGIR).
  2. aîné : de l'ancien français ains, ainz, « avant » et , participe passé de naître. Son contraire est le puîné, « celui qui est né après », composé de puis et de .
  3. germanopratin : adjectif se référant à Saint-Germain-des-Prés, quartier de Paris. Le terme est d'allure savante, et formé sur les mots latins germanus, « Germain » et pratum, « pré ». Dans les années qui suivirent la Libération, on parla des « milieux germanopratins » liés à l'« existentialisme » (le mot ayant fini par désigner une mode et un mode de vie). L'adjectif et le gentilé se rapportent non seulement au quartier et aux habitants du quartier mais aussi à ceux qui y passaient la nuit pour y faire la fête. (Source : Wikipedia)
    De l'élément pratum sont également dérivés préau et prairie. Et, en castillan, prado, d'où El museo del Prado de Madrid, littéralement « le musée du pré ».
  4. néant est probablement issu d'un latin tardif *ne gentem, « pas un (seul) être vivant ». Cette formation est à rapprocher de celle des pronoms indéfinis espagnols nadie, « ne ... personne », qui vient du latin (homines) nati (non fecerunt), littéralement « des hommes nés n'ont pas fait cela », et nada, « ne ... rien », qui vient du latin (rem) natam (non fecit), littéralement « il n'a pas fait la chose née ».
  5. La locution adjectivale latine sui generis signifie « qui n'appartient qu'à son espèce ». Elle s'emploie par euphémisme dans une odeur sui generis pour qualifier une mauvaise odeur dont l'origine est facilement reconnaissable.
Homonymes et faux frères

  1. Il y a gène et gêne !
    Le nom gêne : il est féminin, l'accent de son e est circonflexe, et il remonte au francique *jehhjan, qui a donné l'ancien français gehir, « avouer », et gehine, « torture ». Le mot s'est altéré en gêne sous l'influence de géhenne, mot biblique signifiant « séjour des réprouvés ». Avec son faux air de remonter elle aussi au même mot francique, la sinistre gégène (abrégé familier de groupe électrogène) des tortionnaires modernes fait donc curieusement le lien entre les deux mots.
  2. Il y a germain et germain !
    • L'adjectif germain (1), comme on le dit de notre plus proche cousin, est de la famille. C'est un emprunt au latin germanus, "naturel, germain", de germen au sens de « progéniture du même sang ». Germain s'est longtemps employé au sens de « frère ou sœur de mêmes parents » – comme l'espagnol hermano, anciennement germano – mais n'est plus guère employé aujourd'hui que dans le nom composé cousin germain.
    • L'adjectif germain (2), de la Germanie, est aussi un emprunt au latin, mais d'un autre germanus, lequel est peut-être composé du celtique gair, « voisin », et de maon, man, « peuple », nom que les Gaulois donnaient à leurs voisins de l'Est. Quand, dans cet ouvrage, nous parlons de cousins germains, nous voulons dire « mots d'origine germanique », et nous associons donc ces deux « germain » dans un volontaire jeu de mots.
  3. Ne sont de la famille ni génisse (< lat. junix[1], même sens) ni genou (< lat. genu[2], même sens) ni natation (< lat. natare, « nager ») ni natte (< bas lat. natta, altér. de matta, mot d'emprunt d'origine sémitique).

Notes

  1. Famille du latin juvenis dans la descendance duquel on trouve aussi jeune, jouvence, juvénile et junior.
  2. D'une racine indoeuropéenne homonyme *GEN-, “articulation, angle”, dans la descendance de laquelle on trouve aussi ganache, diagonale, polygone, ricaner et quenotte.


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